« Le sang des martyrs est semence des chrétiens »
Frères et Sœur en Christ,
La liturgie de ce jour nous invite à ouvrir en premier lieu le livre des Martyrs d’Israël, avec la persécution d’Antiochus Epiphane. Jamais, auparavant, les ennemis d’Israël n’avaient été tenté de supprimer la religion de Moïse.
Voilà le temps de la persécution. Voilà le temps de la révolte du peuple de Dieu dont la foi et l’existence courent un danger.
Dans ce livre d’histoire, nous découvrons le vieillard Eléazar qui accepte la mort pour donner l’exemple de la fidélité, une mère et ses sept fils qui sacrifient leur vie dans l’espérance de la Résurrection.
Parmi les juifs, un effort de réflexion se fait jour : Si Dieu est juste, il ne peut abandonner à la mort ceux qui se sacrifient par fidélité à son Alliance. Dieu doit donner une autre vie, la récompense que mérite leur justice. Il le fera en les ressuscitant pour qu’ils vivent avec lui.
166 ans avant Jésus Christ, les persécutés et les martyrs sont des fils de ce temps.
Nous savons qu’ils sont des fils du Royaume. Ils sont au carrefour de l’histoire des hommes et du Royaume de Dieu.
• La vie et le message des persécutés et des martyrs nous parlent de justice et de liberté, celle des consciences et celle des peuples.
• Les persécutés et les martyrs se lèvent avec notre Dieu pour dire « Non » à ce qui caricature le vrai visage de Dieu. Ils se lèvent également pour dire « Non » à ceux qui méprisent et piétinent la dignité des pauvres.
Tels sont les persécutés et les martyrs à quelque époque ce se soit. A chaque époque, la fidélité au Christ et à son enseignement transperce l’adversité.
Depuis l’antiquité chrétienne, à la suite d’autres martyrs de tous âges et de toutes conditions, ils ont dit non à l’idolâtrie brute qui asservit l’homme et ont dit oui à Dieu, créateur de vie.
L’idolâtrie sans cesse renaissante de l’argent et du pouvoir, l’exclusion de l’autre, le mépris de la vérité, le non-respect de la liberté religieuse marquent notre époque.
L’Eglise du silence existe toujours quoiqu’on en dise. Nous ne pouvons pas oublier les chrétiens qui souffrent violence dans de nombreux pays, dans des pays islamiques, et qui souffrent persécution en Corée du Nord, en Chine, où les chrétiens vivent intimidation, arrestation, emprisonnement.
A Lourdes, lors de notre assemblée plénière, nous avons redit que la liberté religieuse subit injustice et violence à travers le monde. Nous avons exprimé aux chrétiens d’Orient soutien et fraternité.
Les martyrs du Vietnam, que nous célébrons en ce jour, ont donné leur vie jusqu’à en mourir pour témoigner du Christ, Sauveur du monde.
Nos martyrs franc-comtois, Etienne Théodore Cuenot, Isidore Gagelin, Joseph Marchand, Pierre François Néron, avec ceux qui les ont précédés ou suivis, soulignent, pour chacun de nous, le courage et la foi.
Voici un an, le peuple de Dieu au Vietnam recevait un message de leurs évêques avec deux idées force : la communion à l’intérieur de l’Eglise et le rôle que celle-ci doit jouer dans la transformation de la société afin d’introduire « une culture de la vie et une civilisation de l’amour ».
Ce message souligne avec force que « l’Eglise se souvient aussi de tant de souffrances, d’injustices, de persécutions qu’elle a dû endurer tout au long de son histoire, non pas pour entretenir un sentiment de rancune mais pour pardonner et prier pour ses persécuteurs à l’exemple du Christ, lui qui a accompli l’œuvre de la Rédemption dans le dénuement et la persécution (LG N° 8).
Les martyrs du Vietnam sont à la fois un modèle et un moteur qui poussent l’Eglise à réaliser la mission d’amour et de service du Christ sur la terre du Vietnam ».
Le martyre est de tous les temps. A toute époque, il exprime la foi chrétienne. Il nous apporte chaque jour des témoignages nouveaux et déchirants.
Il est témoignage rendu au Christ dont on saisit l’appel. Il prend sens par la Pâque du Christ. Il nous renvoie au signe de croix, au mystère du Fils se remettant entre les mains du Père, nous entrainant à ne faire qu’un avec lui.
Depuis la Pentecôte et la venue du feu de l’Esprit-Saint sur les Apôtres, nous vivons le temps de l’Eglise, une Eglise immergée dans les réalités du monde mais appelée à rendre compte, en toutes circonstances, de l’espérance qui l’habite.
Les paroles du Christ que nous rapporte l’Evangile ont trouvé très tôt un écho particulier lorsqu’est survenue à Jérusalem la première persécution des chrétiens.
Lors de mon pèlerinage au Vietnam sur les pas des martyrs franc-comtois, avec des diocésains de Besançon accompagnés du Père Jean Baptiste Etcharren, nous avons été émerveillés par la vitalité et la ferveur des communautés, par le courage et le témoignage des chrétiens dans les nombreux diocèses visités, par la sollicitude pastorale des frères Evêques qui nous ont accueillis avec cordialité et générosité, dans un échange de don en réciprocité.
Chers amis du Vietnam, vous écrivez aujourd’hui de nouvelles pages à l’aventure de l’évangélisation avec un réel témoignage et rayonnement de la foi au Christ ressuscité.
Vous nourrissez notre espérance et ravivez notre élan missionnaire avec la grâce des commencements et des recommencements.
La parole de Tertullien, Père de l’Eglise du IIe siècle, en Afrique du Nord, résonne dans notre cœur : « Le sang des martyrs est semence des chrétiens ».
« Multiples sont les façons de semer, mais unique Celui qui fait croître. », écrira l’Apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Co 3,6)
Multiples sont les façons de témoigner aujourd’hui du Christ dans les réalités complexes de notre société mais unique est l’espérance apportée par le Verbe Incarné.
Dieu s’est fait homme pour le monde et dans un monde marqué par la violence.
Il n’est pas venu supprimer cette violence ni même l’éviter. Il est venu et vient encore la souffrir avec les hommes et du fait des hommes.
A la suite de leur maître et à cause de lui, les disciples seront persécutés comme l’annonce l’évangile de ce jour.
Aujourd’hui, les artisans de paix sont les premières victimes de la violence du monde. Nous sommes invités à être à leur côté.
Dans le sillage de Benoît XVI à Assise, 25 ans après le geste prophétique de Jean Paul II, notre vocation de chrétiens est de persévérer dans le dialogue et la paix.
Ce témoignage n’est pas sans résistance ni persécution, mais il nous vient du Christ.
Accueillons chaque jour la force de l’Esprit Saint seul capable de renouveler le monde en profondeur.
Chers jeunes prêtres en formation, en ce lieu des Missions Etrangères de Paris, vous qui venez du Vietnam et d’autres pays, à la suite des martyrs que nous fêtons en ce jour, découvrons ensemble la folie de l’amour de Dieu incarné dans le Christ. Demeurons les messagers de l’amour.
Que le Seigneur vienne et qu’ils nous unissent tous dans sa mission d’amour et de service, résolus à édifier une civilisation d’amour, appelés à témoigner de la présence de Dieu et du règne de paix et de justice qui vient.
Seigneur, par les martyrs qui ont accepté de mourir pour témoigner de la foi, donne-nous la liberté de l’Esprit, sois notre force dans l’épreuve.
+ André LACRAMPE
Célébration aux MEP
Jeudi 24 novembre 2011
2 Maccabés (livre des Martyrs) 7, 1-2/9-14
Mtt 10, 17-22
