Home > Actualités > Et si l’économie devenait plus fraternelle ?

<< Retour à la liste

Et si l’économie devenait plus fraternelle ?

Document Actions
Brève de l'Observatoire Social Diocésain rédigée par Robert Godinot - Dans un monde économique en perte de sens et de dialogue, retrouver de la fraternité et de la gratuité .

Je voudrais introduire aujourd’hui une réflexion sur la nature profonde de l’échange  économique.

Le mot latin  « commercium », que l’on traduit communément par « commerce », signifie en réalité l’échange, la relation substantielle dans laquelle deux ou plusieurs personnes engagent un vrai dialogue, un vrai vis-à-vis qui se terminera par un accord, un consentement mutuel, un acte de confiance réciproque. C’est en ce sens que la liturgie de Noël parle de l’incarnation comme d’un « admirable commercium », un admirable échange. En Jésus, Dieu apprend à devenir Homme, et apprend à l’homme à devenir Dieu, comme disait Saint Irénée.

 Pourquoi parler d’échange économique aujourd’hui ?

Parce que la crise économique actuelle me semble largement -mais pas uniquement- une crise de confiance entre les acteurs de l’économie à tous niveaux. Je vais citer quelques exemples.

       ¤ Dans les relations entre banques et entreprises, le recours au médiateur du crédit a été instauré fin 2008  et n’a cessé de progresser pendant une quinzaine de mois. Cela veut dire que les chefs d’entreprises, surtout les petites entreprises ont du mal à obtenir ou garder la confiance de leurs banquiers. Ils choisissent alors de passer par un médiateur, qui sera souvent le directeur départemental de la Banque de France, pour essayer de composer avec leur banque et d’obtenir les crédits dont ils ont besoin.

      ¤ de façon similaire, le gouvernement a nommé il y a peu un médiateur national pour améliorer les relations entre les grands donneurs d’ordres et leurs sous-traitants dans le domaine du luxe et de la mode. Dans ce secteur particulièrement les relations sont de « dominants » à « dominés », pour reprendre une expression gouvernementale à leur sujet.

     ¤ la CGPME, principal syndicat inter-professionnel des PME et TPE, a réclamé de son côté un médiateur dans l’industrie automobile, secteur où on voit disparaître bien des savoir-faire et où les sous-traitants ont bien du mal à vivre ou survivre : il n’y a pas assez de partenariat et de consensus entre les grands fabricants et équipementiers d’une part, et les petits et moyens sous-traitants, comme la Franche-Comté en a tant.

     ¤ dans mon expérience personnelle, je cite ici une femme chef d’entreprise en Haute-Saône qui affirme : le commerce est un geste d’échange, sa vraie valeur n’est pas financière mais humaine. Il exacerbe ce qui est beau dans la personne : le partage, la confiance, la liberté . 

     ¤ je pense aussi à une grande réunion patronale où un grand chef d’entreprise et un grand banquier ont pu témoigner que le début de leur relation de travail, ça a été de pouvoir se regarder les yeux dans les yeux et de pouvoir se faire confiance. Le reste n’était pas secondaire, mais second.

     ¤ j’évoque aussi la dernière encyclique de notre pape Benoît XVI, appelée « l’amour dans la vérité ».Benoît XVI a l’audace unique et magnifique d’appeler à la fraternité et à la gratuité au cœur même, au sein même, du développement économique. Pour lui, le marché seul, les seules lois de l’offre et de la demande, n’arrivent pas à produire la cohésion sociale qui est pourtant la condition essentielle de leur fonctionnement.

   Je le cite « sans formes internes de solidarité et de confiance réciproques, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique. Dans les relations marchandes, le principe de gratuité et la logique même du don comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. »

    Et plus loin « le marché de la gratuité n’existe pas, et on ne peut imposer par la loi des comportements gratuits. Pourtant, aussi bien le marché (économique et financier) que la politique, ont besoins de personnes ouvertes au don réciproque. »

               Ceci est vrai dans la vie civile comme dans la vie économique ! Car l’homme ne se découpe pas en tranches, il y a en lui un besoin vital de cohérence. La qualité de relation dont j’ai besoin dans ma vie familiale, avec mes amis, ne me quitte pas dans ma vie professionnelle. J’ai partout besoin d’humanité. J’ai partout besoin de confiance. J’ai partout besoin d’un minimum de gratuité et de fraternité. Y compris, et même surtout, dans le monde économique où la vie et le travail sont si âpres et exigeants.

               Cela commence ici et maintenant.

              Si on faisait la chaîne ?  

 Rédigé par Robert Godinot

 Brève de  l’Observatoire Social Diocésain Novembre 2010

(OSD : Michel BRUGVIN, Jeannette GROS, Christiane CHAPPUIS, Jean- Claude

MENOUD, Robert GODINOT, Christian BOURGON, Noël RONCET, Bernard HAVET, Jean DIVO)

http://catholique-besancon.cef.fr/vie_du_diocese/solidarite/observatoire-social/

cdsbesancon@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

Diocèses de Besançon -  Basilique de Saint Ferjeux 24 r Basilique 25000 BESANCON | 03 81 52 05 16