Mercredi 29 juin : fête des jubilaires. Textes et photos
Les photos sont en ligne : http://mondio16.com/galeries/2011-jubilaires/
Ci-dessous, l'introduction de Mgr Lacrampe, et l'homélie du père B. Soeur

Introduction à la célébration
Messe des Jubilaires
Mercredi 29 juin 2011
en la Cathédrale Saint Jean
Bienvenue à chacun de vous, jubilaires, bienvenue à vous tous et toutes ici présents, prêtres et diacres, religieux et fidèles laïcs.
Il est de tradition de se retrouver autour des prêtres jubilaires des diocèses de BESANCON, BELFORT-MONTBELIARD, pour une messe d’action de grâce.
Il nous faut en effet rendre grâce, d’abord, pour toutes ces années de ministère, 25 ans pour le plus jeune, Benoît, et jusqu’à 80 ans pour le plus ancien, le Père Georges Jeanney, Père Blanc, qui s’est excusé comme bien d’autres. Je me permets de les citer :
Père Michel HIRT (Marseille)Père Paul RENAUD (MEP – Japon)
Père Marius ROSDESCHINI (MEP – Inde)
Père Michel CHARDON (en retraite au Centre Diocésain)
Père Joseph MAMBRE (en retraite à Auxon Dessous)
Père Albert MUNNIER (en retraite à Maiche)
Père Jean PHILIPPE (en retraite à Corravillers)
Père Denis STUDER (en retraite au centre diocésain)
Père Roger FEUILLETTE (en retraite à Lure)
Père André MARION (Belfort)
Père Dominique CUPILLARD (SJ à Paris)
Père Pierre PETIT (SJ à Paris)
Père Robert de VALICOURT (OMI au Brésil)
Père Joseph FOLMER (SMA)
Père Roger HUGUES (Fr Foucauld à Marseille)
Père Jean POIBLANC (Jura)
Père Roger DUVOLLET (Père Blanc)
Chacun de vous a son itinéraire dans la diversité des âges, des tempéraments, des centres d’intérêt, des sensibilités spirituelles et théologiques, diversité des responsabilités assumées et des insertions pastorales. Le Concile Vatican II, lui-même, réfléchissant sur le ministère presbytéral, s’interdit de parler du prêtre en soi.
Il préfère parler des prêtres comme d’un corps, le « presbytérium », auquel les uns et les autres se trouvent agrégés par leur ordination dans la communion avec l’Evêque pasteur d’un diocèse. Merci au Père Claude SCHOCKERT d’être fidèle à ce rendez-vous et de présider l’eucharistie. Merci à Bernard SŒUR d’en assurer l’homélie.
Rendons grâce aussi parce que la Bonne Nouvelle de Jésus Christ a été portée partout, dans nos deux diocèses, certes, mais aussi dans quelques diocèses voisins ou plus éloignés, jusqu’à l’autre bout du monde, parfois au BRESIL, au JAPON ou en INDE, en AFRIQUE.
Rendons grâce enfin parce qu’aujourd’hui où nous nous rassemblons, c’est la fête des Saints Pierre et Paul : l’un et l’autre ont pu mesurer l’infinie miséricorde de Dieu et nous laissent l’exemple de vies entièrement vouées au service des hommes à entraîner chaque jour plus avant sur ses chemins.Pleins des merveilles que Dieu accomplit chaque jour dans l’existence des hommes, entrons dans cette célébration.
André LACRAMPE
JUBILE DES PRÊTRES : 29 juin 2011 – CATHÉDRALE DE BESANCON
Homélie de Bernard SŒUR
Chers amis prêtres et évêques,
Mesdames, Messieurs,
Aurions-nous l’audace ce matin de nous attribuer les paroles de Paul à son ami Timothée ? Paul est incarcéré, et sans doute, fait le bilan de sa vie : « Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course et je suis resté fidèle. J’attends la récompense. »
Soyons modestes ! Il est évident que nous n’avons pas vécu toutes les épreuves de Paul dans ses voyages et les persécutions du début du Christianisme !
Cependant, ordonnés, pour ceux de ma génération, en 1961, juste avant le Concile, et pour les plus anciens d’entre nous, des années auparavant, reconnaissons que nos générations ont vécu une véritable révolution copernicienne, tant dans la société que dans l’Eglise. Que de mutations n’avons-nous pas vécues !
Marqués par les drames de la 2e guerre mondiale pour les plus anciens d’entre nous, embarqués, pour ceux de ma génération, dans la dernière guerre coloniale, nous avons tous rêvé d’un autre monde, et nous avons cru aux bienfaits de la modernité. Nous avons rêvé pendant les Trente Glorieuses que le progrès continu de la science et des techniques serait capable de donner le bonheur à l’humanité. Mais, ce qu’on appelle la « post-modernité » nous a fait perdre les espérances mythiques de la modernité. Un monde désenchanté naissait avec ses drames…
Et dans l’Eglise, qu’avons-nous vécu ? D’abord une grande espérance, avec l’annonce d’un Concile. Cet aggiornamento voulu par Jean XXIII.
Pendant trois ans, grâce aux medias, nous avons été tenus au courant des vastes débats, des votes (placet – non placet) et nous avons reçu ces documents : Lumen Gentium, Dei Verbum, Gaudium et Spes… et les autres. Il a fallu nous mettre à l’heure du Concile, en recherche d’une nouvelle manière d’être prêtre, dans l’Eglise d’aujourd’hui et de demain.
Ce n’est un secret pour personne, les prêtres ont failli être oubliés !
Cela aurait été dramatique d’oublier ces travailleurs de l’ombre qui font partie du presbyterium autour de leur évêque. On voulait leur envoyer un message. Finalement, ce décret sur la vie et le ministère des prêtres ne fut voté qu’au dernier moment, à la clôture du Concile, fin 1965, tant les remaniements furent nombreux. J’ai pris plaisir à relire la longue introduction du décret, rédigée par Mgr Marty, archevêque de Reims et prélat de la Mission de France à l’époque, qui présente les débats, parfois houleux…
Il faut rappeler, dit-il, que deux conceptions du sacerdoce ministériel s’étaient exprimées, l’une centrée sur l’évangélisation et la mission, l’autre centrée sur le culte et l’adoration, prêtre homme du sacré. Paraît-il que 10 000 amendements (qu’on appelait les Modi) furent déposés ! Finalement, c’est Saint Paul qui sauva le décret, avec l’épître aux Romains : « On rend à Dieu le culte qui lui est agréable en annonçant l’Evangile. » Le Saint-Esprit veillait ! Les deux tendances se sont-elles réconciliées ?
Je retiens seulement quelques axes fondamentaux qui ont sans doute orienté notre vie de prêtre depuis le Concile ; je ne vais pas résumer tout le décret, rassurez-vous !
Le premier : « Pris du milieu des hommes et établis en faveur des hommes, les prêtres vivent avec les autres hommes comme des frères. C’est ce qu’a fait le Seigneur Jésus : Fils de Dieu, homme envoyé aux hommes par le Père. Ils ne pourraient être ministres du Christ s’ils n’étaient pas témoins et dispensateurs d’une autre vie que la vie terrestre, mais ils ne seraient pas non plus capables de servir les hommes, s’ils restaient étrangers à leur existence et à leurs conditions de vie. »
Chers amis prêtres jubilaires, chacun à notre manière, avec des itinéraires différents, nous avons essayé d’être fidèles à ce souhait de l’Eglise conciliaire. En 2006, lors de l’ordination de jeunes prêtres, notre pape Benoît XVI rappelait « qu’il ne faut pas devenir prêtre par carriérisme pour tenter d’arriver en haut, de se procurer une position par l’Eglise, pour se servir et non servir »… Etonnante mise en garde… d’un pape nouvellement élu !
Mes amis, il semble bien que nous ne soyons pas tombés dans le carriérisme, mais humblement, nous avons voulu servir l’Eglise, la rendre plus proche des hommes de notre temps. Il arrive qu’on nous reproche d’avoir « péché » par manque de visibilité, d’identité, pour un enfouissement suicidaire dans le monde. Vaste débat !... L’Histoire nous jugera, ou plutôt, seul Dieu, dans sa grande tendresse, nous sourira parce que nous avons pris au sérieux l’Incarnation de Jésus. Avec joie, nous avons vu les laïcs prendre toute leur place dans l’Eglise, et ce n’est pas fini. Il y a encore des portes à ouvrir …
Je retiendrai un autre texte important du décret, à mon sens.
« Du fait de leur ordination qui les a fait rentrer dans l’ordre du presbytérat les prêtres sont tous intimement liés par la fraternité sacramentelle : du fait de leur affectation au service d’un diocèse en dépendance de l’évêque local ; ils forment tout spécialement à ce niveau, un presbyterium unique. » Autrement dit, nous ne sommes pas prêtres « à notre compte ». Avant le Concile, on entendait l’expression « le prêtre, un autre Christ ». Quel orgueil ! Expression non retenue. Car ce lien quasi direct entre le Christ et le prêtre faisait l’impasse de la Communauté ecclésiale, comme si le ministère du prêtre était un privilège personnel. Le prêtre doit se situer comme un baptisé au milieu d’autres baptisés. « Si je suis chrétien, c’est avec vous, et si je suis évêque, c’est pour vous. » Saint Augustin.
Notre ministère ne nous appartient pas. C’est un ministère qui nous est confié, au service d’un peuple. Prêtre pour un peuple, prêtre qui ne se donne pas l’Eucharistie à lui-même.
Mes camarades de travail (quand je conduisais les bus de la ville) étaient sensibles au fait que je sois relié à mes amis prêtres en paroisse et à un ministère qui ne m’appartenait pas. Bien sûr, ils ne parlaient pas de presbyterium, mais ils faisaient parfois de la bonne théologie … (le bon sens du peuple !)… sans le savoir.
Les années ont passé, l’enthousiasme du Concile est retombé, et certains d’entre nous vivent un peu la déception de Paul sur l’Acropole : « On t’entendra une autre fois sur ce sujet » ! Mais rappelons-nous, nous n’avons pas l’obligation de résultat, et ils n’étaient que douze autour du prédicateur du Lac de Tibériade…
Ce matin, au cours de cette Eucharistie, avec Pierre, chacun de nous se sent toujours interpellé par Jésus : « Pour toi, qui suis-je ? » A nous de répondre, comme au jour de notre ordination : « Tu es le Fils du Dieu vivant » et nous avons risqué notre vie pour Toi Seigneur, et on ne regrette rien.
Pères évêques de nos deux diocèses, malgré le poids des ans, les jubilaires que nous sommes, nous avons encore, comme vous, des ambitions pour notre Eglise. A cause de Jésus, comme l’écrivait récemment l’un des vôtres, Mgr Doré, nous demeurons « chrétien, catholique et prêtre », et nous avons surtout espoir que la génération des jeunes, en ce temps d’ordination, reprendra le flambeau de l’Evangile, sans nous copier, évidemment.
Nous avons la grande espérance que le Désert religieux (désert apparent) refleurira, à cause du Concile dont il ne faut pas tourner la page : n’oublions pas Vatican II !.
« Ce Concile, boussole pour aujourd’hui », document interdiocésain rédigé récemment et divulgué en octobre 2010 : c’est rassurant !
Je termine ces quelques mots avec le Testament du Frère Luc, ce médecin, le plus âgé des moines de Tibhirine, qui fêtait ses 50 ans au monastère, peu de temps avant leur arrestation dramatique ; il exprimait trois vœux à sa communauté pour le moment où il ferait le Grand Passage :
1 – qu’on lise la parabole de l’Enfant prodigue
2 – qu’on récite auprès de lui la prière de Jésus : le Notre Père
3 – qu’on lui fasse goûter, si c’était encore possible, une coupe de Champagne
Et enfin, qu’on lui fasse écouter la voix d’Edith Piaf : « Non je ne regrette rien »
Volontiers, je ferais mien ce testament, au moment du Passage…
Belle fête jubilaire, mes amis, surtout à vous, les plus anciens !
Amen
Bernard SOEUR
