Semaines Sociales de France : "Migrants un avenir à construire ensemble"
Tel était le thème de la 85e session des Semaines sociales qui a rassemblé, au Parc Floral de Paris, près de 4000 personnes,pendant 3 jours . Thème complexe qui « remet en cause nos représentations, nos préjugés, notre foi ». Observatoire Social Diocésain
Tel était le thème de la 85e session des Semaines sociales qui a rassemblé, au Parc floral de Paris, près de 4000 personnes, dont quelques Francs Comtois. Thème complexe qui « remet en cause nos représentations, nos préjugés, notre foi », reconnaît Jérôme Vignon, président des Semaines sociales de France.
Le programme était riche en possibilités de contacts, en interventions de qualité venant d’experts démographes, ethnologues, syndicalistes, parlementaires, hommes d’Eglise, etc. Vivre un tel rassemblement, suivre ces interventions contribuent à un déplacement de regard. Les sciences sociales permettent de sortir des amalgames, des schémas réducteurs, les témoignages d’immigrés d’ajuster le regard, d’éviter de déserter notre poste de veilleurs. Le Haïtien, venu en France en 2005, récemment régularisé, se décrit, à son arrivée à Paris, comme « un malvoyant dans un labyrinthe » ; la Chinoise, travailleuse sans papiers, a découvert la lutte syndicale pour défendre cette « liberté, égalité, fraternité » qui la faisait rêver. L’Ardéchois, français parce que né en France de parents marocains immigrés, éprouve de grandes difficultés pour trouver un stage. C’est seulement lorsqu’il va travailler à l’étranger qu’il est vraiment reconnu comme Français.
Ces tranches de vie, il y en eut d’autres, furent évoquées comme un fond d’écran pour mieux incarner les réflexions. Le journaliste Philippe Bernard rappelle que l’immigration n’a pas toujours été vue négativement : au cours des Trente glorieuses, les « travailleurs immigrés » ne posent guère question, c’est la pérennisation du chômage notamment qui fait changer le regard des Français, pourtant des enfants d’immigrés sont médecins, professeurs, mais les média ne montrent que ce qui va mal, dit-il. Et les politiques parlent du « problème » des immigrés : à Gauche, en les présentant comme des victimes, à Droite, en les présentant comme un problème. Démographes et économistes tentent de saisir la réalité chiffrée du phénomène et par là de le dédramatiser. L’anthropologue, Dounia Bouzar décrit l’intégration des personnes venant de pays à culture musulmane. Elles sont de trois types, dit-elle : celles qui vont bien qui sont intégrées ; les jeunes qui vont moins bien, ils sont diplômés, mais au chômage, pour eux la distance entre la devise républicaine et la réalité est trop grande, cela décrédibilise le politique, ils font retour à l’islam qu’ils surinvestissent ; enfin ceux qui vont mal, ils écoutent les discours radicaux qui leur donnent l’espoir de s’inscrire dans une lignée sacrée, ils utilisent l’islam pour s’auto-exclure.
Dominique Schnapper, en sociologue, décrit les processus d’intégration en usage en Europe : le modèle français plus républicain, celui des pays anglo-saxons plus communautariste. Cependant, dans la réalité, ces politiques sont proches parce que fondées sur le principe d’égalité. Mais, en France, les enfants d’immigrés sont à la fois les moins liés à leurs « origines », et les moins acceptés dans l’emploi. De là naît une frustration qui entraîne un ressentiment contre la société : les principaux facteurs d’intégration que sont l’école et l’emploi sont en panne. Le philosophe Tzvetan Todorov, réfléchit sur la nécessité de vivre ensemble avec des cultures différentes. Il n’existe pas de culture pure, toutes sont métissées et changeantes ; d’où la nécessité de construire un socle culturel commun par l’école notamment. Et le philosophe de se prononcer pour un enseignement de la langue « gratuit et obligatoire ».
Les Eglises ont également fait entendre leur voix. Le pasteur Jean-Arnold de Clermont a décrit l’engagement inlassable des Eglises aux côtés des migrants. Cette parole est crédible, a du sens grâce à l’analyse, au poids de l’action des associations. Christina de Luca, militante chrétienne, ministre des affaires sociales et donc en charge de la politique des migrations au temps du gouvernement Prodi, a décrit la façon dont elle a tenté de modifier la loi italienne trop restrictive. La deuxième partie de l’après-midi de samedi était consacrée à la rencontre d’immigrés, d’abord en petits groupes d’une dizaine de personnes, puis, lors d’un repas « cuisine du monde » confectionné par des associations d’insertion, moment privilégié pour se connaître autrement.
Après l’office œcuménique du dimanche matin, les travaux reprirent, avec une table ronde à laquelle prirent part notamment Henri Guaino, secrétaire général du président de la république et Jacques Barrot, ancien commissaire européen. Le premier fit l’éloge du pacte républicain qui impose une égalité de droits et de devoirs, qui est un rempart contre le communautarisme. Pour le second, les migrations sont inévitables et deviendront, pour des raisons démographiques, indispensables. Il souhaite une politique ouverte pour l’immigration régulière, ferme contre l’immigration irrégulière, et plaide en outre en faveur d’une politique d’accueil pour les persécutés. Et, pour améliorer ce droit d’asile, il appelle la fin des règles de Dublin qui prévoient le renvoi des réfugiés vers le pays par lequel ils sont entrés dans l’Union européenne, règlement trop lourd pour des Etats comme la Grèce ou Malte. Lors du débat, Henri Guaino, contredit sur sa présentation de l’Union pour la Méditerranée, interroge l’auditoire : « Mais nous tous qu’avons-nous fait de notre pacte républicain depuis trente ou quarante ans ? » Alors la salle gronde, siffle. Le conseiller de monsieur Sarkozy prend ses affaires et quitte l’estrade. Il a fallu toute l’estime dont bénéficie Jérôme Vignon pour ramener le calme, et monsieur Guaino est revenu à la tribune.
L’après midi, Jean Michel Severino, directeur général de l’Agence française de développement, constate que la pauvreté recule dans le monde et que la part des pays de l’OCDE recule. Les migrants sont de plus en plus qualifiés, ils peuvent donc renvoyer dans leur pays des sommes importantes qui participent à leur développement. Enfin ces flux migratoires ne cesseront pas, car leur rentabilité est trop haute.
En conclusion, Jérôme Vignon constate que nous avons été déplacés, que ces échanges nous ont permis de nous libérer des pièges et des amalgames. Mais le titre de la session « Migrants, un avenir à construire ensemble » ne signifiait-il pas d’emblée une approche dynamique, volontaire, solidaire ?
Rédigé par Jean Divo
Observatoire Social Diocésain Décembre 2010
(OSD : Michel BRUGVIN, Jeannette GROS, Christiane CHAPPUIS, Jean- Claude MENOUD, Robert GODINOT, Christian BOURGON, Noël RONCET, Bernard HAVET, Jean DIVO)
http://catholique-besancon.cef.fr/vie_du_diocese/solidarite/observatoire-social/
