Le commandement de Dieu : une marque de son amour pour les pécheurs
Chaque mois, d’ici la béatification du P. Lataste, Eglise de Besançon publiera un texte inédit tiré de la prédication de l’apôtre des prisons.
La prédication du P. Lataste porte fréquemment la trace de deux convictions que l’on retrouve dans cet extrait d’un sermon pour le Sacré Cœur. Le mouvement inauguré par l’interpellation des détenues de Cadillac comme « Mes chères sœurs », s’est poursuivi, non seulement à propos de ces femmes dont il disait, quelques années plus tard « ces femmes qui étaient mes sœurs après tout, mes sœurs en Adam, mes sœurs en Jésus Christ », ce mouvement s’est développé à l’égard de tout être humain, devant lequel le P. Lataste se place comme un frère, car Dieu l’a fait. D’autre part, l’apôtre des prisons était convaincu que le commandement de l’amour de Dieu est une marque éminente de l’amour qu’il nous porte. Dieu estime assez toute personne, même la plus dégradée, pour s’approcher d’elle en lui demandant de l’aimer.
Quand vous rencontrez un mendiant dans la rue, pourquoi lui donnez vous l’aumône avec cet air de douce pitié ? C’est sans doute que vous reconnaissez en lui un frère, et que l’aimez. Mais désirez vous d’être aimé de lui ? Vous n’y songez pas même. Pourquoi ? C’est que vous ne l’aimez pas assez.
Voici un scélérat coupable de tous les crimes et de toutes les infamies. Voyez le… Il est traîné sur la charrette fatale, il gravit les derniers degrés de l’échafaud : il assiste impassible à sa dernière toilette, dans quelques minutes il ne sera plus. Et cependant il vomit encore l’injure et le blasphème. Le prêtre qui l’assiste tente un dernier effort, il tombe à deux genoux, il vous demande de vous unir à lui et je veux vous voir tomber à genoux et vous unir à sa prière. Pourquoi priez vous pour ce misérable ? C’est qu’il est votre frère après tout, c’est que vous l’aimez. Et toutefois qui de vous désire d’être aimé de lui ; qui de vous s’il recevait de lui en ce moment des témoignages de son amitié ne les rejetterait avec horreur comme on rejette une souillure ou une insulte ? C’est que vous l’aimez avec réserve, c’est que vous ne l’aimez pas assez.
Eh bien, ce cœur de mendiant que vous dédaignez, ce cœur de scélérat que vous repoussez, Dieu ne les dédaigne ni ne les repousse. Il les demande à grands cris, il les sollicite instamment. Il les mendie. Il mendie le cœur d’un mendiant ou d’un guillotiné. En ce moment même et jusqu’au dernier instant de leur vie, Dieu ne cesse de faire retentir à leurs oreilles ce premier commandement qu’il leur avait appris dans leur jeunesse : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. » En ce moment même et jusqu’au dernier instant Dieu ne se lasse pas de heurter à leur porte et de leur crier de sa voix la plus tendre : « Mon fils donne moi ton cœur. »
Comprenez vous maintenant mes frères ce qu’il y a d’incompréhensible et d’abîme insondable dans un tel amour ? Désirer d’être aimé, de tous les hommes sans exception, mendier le cœur de tous, même des plus méprisés, même des plus méprisables, et cela quand on est Dieu ! Oh, je vous le dis, je vous le déclare, c’est là la touche suprême du suprême amour. Et c’est là le sceau sacré auquel vous devez reconnaître le Sacré Cœur de Jésus Christ.
O Seigneur, qu’est-ce donc que l’homme pour que vous le traitiez avec tant de respect ?
Sermon 6 sur le Sacré Cœur, Barèges, juillet 1863.
