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La pastorale en milieu carcéral

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Par Marie-Claire Mantion, secrétaire de la province de Besançon

Un aperçu de la session de l’IREP (Instance régionale Évêques-Prêtres) – Roche d’Or – Besançon

Dans un environnement paisible, aménagé avec goût, la communauté de la Roche d’Or à Besançon a accueilli l’IREP pour sa session de printemps(3, 4, 5 mars 2008)  dont le thème était : la pastorale en monde carcéral.

Les participants ne manquent pas de dire combien ils ont plaisir à se retrouver deux fois par an pour un temps privilégié d’échange, de découverte, d’interpellation mutuelle. Ainsi, avant d’aborder le sujet principal de leur session, ils ont consacré une demi-journée à partager leurs préoccupations. Prêtres, vicaires généraux et évêques, tous sont inquiets des conditions actuelles d’exercice du ministère presbytéral : surcharge de travail, âge, accueil de prêtres appartenant à d’autres Églises, ressourcement spirituel, réaménagement pastoral et vie des communautés chrétiennes, appel au ministère ordonné.

Puis ils furent invités à poser un regard sur une autre réalité : celle du monde carcéral. Mme Roy, aumônier régional, MM. les abbés Cachot (aumônier de prison, Besançon) et Helfer (aumônier de prison, Strasbourg) ont fait part de leurs réflexions appuyées sur une longue expérience, une grande compétence et enracinées dans un immense respect de la dignité de tout homme aimé de Dieu.

Il fallut d’abord découvrir un peu mieux les régions pénitentiaires, le nombre et les catégories d’établissements, les équipes d’aumônerie ; puis, entrer dans le dédale des textes législatifs qui régissent cet univers :

•    la Loi sur la lutte contre la récidive du 10 août 2007 ;
•    la Loi toute récente sur la rétention de sûreté et la surveillance de sûreté ;
•    la Loi pénitentiaire qui est en préparation et qu’il serait bon de voir aboutir car elle apporterait des solutions concrètes aux difficultés des détenus et favoriserait leur réinsertion sociale et professionnelle. La prison est présentée comme l’ultime recours ; les aménagements de peines et les alternatives à l’incarcération trouvent place dans ce projet de Loi.

Ensuite, nous étions invités à franchir la porte d’entrée de la prison pour y voir vivre les prisonniers : ceux qui sont auteurs de délits ou de crimes sexuels rejetés par les autres, les musulmans qui réclament le droit de vivre leur culte en prison. On y découvre la place de l’aumônier et de ses collaborateurs, sachant que quatre grandes confessions interviennent majoritairement au sein des établissements pénitentiaires : catholique, israélite, musulmane, protestante.

La prison n’est pas une fin en soi et toute personne condamnée doit pouvoir en ressortir. La question de la réinsertion intéresse alors tout le monde : l’équipe d’aumônerie, les communautés chrétiennes, la famille, la société. Il est extrêmement difficile de sortir de prison ; il est donc heureux de trouver des communautés chrétiennes accueillantes, attentives aux questions de logement, de travail, de relations des personnes libérées.

Et les familles ?

« Quand on enferme une personne... c’est toute sa famille qui subit la prison ». Le choc, la honte, la révolte, l’incompréhension accompagnent l’incarcération d’un proche ; de nombreux problèmes affectifs, matériels, psychologiques surgissent ; une grande détresse touche toute la famille qui se trouve en plus confrontée à une dégradation de sa situation financière, à une détérioration du tissu social.

La vie quotidienne se trouve bouleversée et les visites au parloir rythment désormais la vie des uns et des autres.
On comprend l’importance des peines dites “alternatives” à l’incarcération. Elles permettent de limiter les effets désocialisants de la prison et ainsi contribuent à limiter la récidive. Elles sont des mesures véritablement contraignantes qui vont dans le sens de l’individualisation de la peine et qui tiennent compte de l’évolution de l’intéressé (ex : le sursis, le placement sous surveillance électronique, le travail d’intérêt général...).

Et les victimes ?

Elles ont été trop longtemps les oubliées de la justice, mais il faut veiller aussi à ne pas les sacraliser. Pour panser les plaies des victimes, le plus important est de leur rendre justice, de réaffirmer solennellement le mal qu’elles ont subi, l’idéal étant que le coupable lui-même reconnaisse les faits et en assume la responsabilité et la réparation.
« Il est plus facile de mettre en prison que de reconstruire une victime et pourtant une victime qui cesse de l’être, c’est une reconstruction sociale tout aussi importante que la réinsertion des coupables », surtout lorsqu’on constate que les personnes détenues ont été souvent victimes elles-mêmes.

Et le pardon ?

« Le plus important car le plus insupportable, c’est de ne pas être pardonné par ses proches parce que l’amour, c’est quand il y a eu quelque chose avant et qu’il y aura quelque chose après » (une personne détenue). Si les actes peuvent être monstrueux, la personne qui les a commis n’est pas un monstre ; elle reste avant tout un être humain.
Le pardon est la rencontre de deux souffrances : tant que la victime n’a pas pardonné, le coupable n’est pas libéré et elle-même reste enfermée dans l’inacceptable, dans la haine. Le pardon instaure la paix entre offenseur et offensé. « Le pardon ne tait pas le mal, mais il le dit sur un mode apaisé » (Paul Ricœur ). Mais le pardon n’est pas un dû, c’est un don allergique aux “il faut” ou au “il n’y qu’à”.
Le détour par le Livre de Job ou les récits évangéliques de la femme adultère, de la brebis égarée, de l’enfant prodigue et bien d’autres, nous redisent que l’initiative du pardon vient de Dieu.

La mission pastorale de l’équipe d’aumônerie est de rappeler que la prison est une portion du peuple de Dieu dans un diocèse, en lien avec une communauté chrétienne locale qui doit garder le souci de faire exister des relations humaines et fraternelles. M. Heinrich Block, théologien, relève la profondeur et la qualité de la réflexion et invite à regarder trois défis auxquels est confrontée la foi pour être puissance de vie :

•    à l’égard des personnes (détenus, victimes, familles). Comment faire barrage à la déshumanisation ? Comment faire de la foi, un chemin d’humanisation, d’évangélisation, de conversion... un chemin qui conduit vers la vie ?

•    à l’égard de la fraternité humaine : le Christ est venu instaurer une nouvelle fraternité : l’Église. Or, quelque chose de la fraternité est en jeu dans toutes les relations qui touchent au monde carcéral.

•    à l’égard des communautés chrétiennes : la diaconie n’est pas une matière optionnelle et nos communautés sont appelées à s’ouvrir, à témoigner, à quitter leurs préoccupations internes pour rejoindre les exclus ; les diacres peuvent certainement les y aider.

Que cet aperçu sur la session de l’IREP permette au lecteur d’ouvrir les yeux, de changer son regard sur le monde carcéral.

« Tout homme est plus grand que son acte » ; toute communauté chrétienne ne peut rester indifférente à la Lettre aux Hébreux : « Souvenez-vous de ceux qui sont en prison comme si vous étiez prisonniers avec eux » (He 13, 3).


Source : Eglise de Besançon n°6
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